Âllo! 
Un livre précieux
Le puzzle
Anubis
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Le café des exilés
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Âllo!
Un livre précieux
Le puzzle
Anubis
L'ange et la vieille dame
Extase
Odeur de folie
Le café des Exilés
De simples photogrammes
Une aventure ordinaire
L'homme qui lisait dans mon bureau
Pluies
Les joies de l'autostop
 
INFOS
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Extrait N°2
FOCUS

IXCEA
C'est le nom de la maison d'édition qui a publié ce recueil. Découvrez d'autres auteurs talentueux en allant directement ICI
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3D
La couverture du recueil a été crée avec le logiciel Vue d'Esprit. L'image fait partie d'une série appelée "Hommage à Dalì". Paysages de synthèse inspirée du monde du maître du surréalisme Salvador Dalì.


Un livre précieux
 

Les cloches de l’église d’Urbana venaient d’annoncer à la population qu’il était cinq heures. Les rues fourmillaient de gens et l’air amorphe de toute une ville, assommée par les grands coups de chaleur que lui infligeait le soleil, apparaissait tout à coup plus respirable.

Quelques nuages curieux se poursuivaient dans un ciel limpide, faisant battre momentanément en retraite la source de cette canicule inhabituelle. Pourtant, malgré ce répit passager, l’air restait tout aussi chaud et sec.

Vêtus de t-shirts, jeunes et moins jeunes se jetaient comme des foudres à l’intérieur des centres commerciaux. Cet engouement pour les surfaces commerciales ne venait pas d’une soudaine fièvre acheteuse ou de l’annonce d’une catastrophe urbaine mais naissait d’une simple envie  de goûter aux plaisirs de l’air conditionné.

Qui n’a jamais trouvé agréable de sentir son visage pénétrer cette masse d’air réfrigéré artificiellement et au goût d’usé ? Qui n’a jamais eu envie de s’y jeter corps et âme pour apaiser, même si de manière éphémère, la chaleur étouffante d’un après-midi d’été ?

 

Maeva sortit de l’immeuble de la West Company Insurance situé sur la Colonel’s Road, s’écrasant contre un mur chaud et invisible qui manqua lui causer un malaise.

Quelle chaleur ! Si ça continue sur cette lancée, je ne sais pas combien de temps je  pourrais encore le supporter. Je ne suis pas spécialement attirée par ces associations qui crient à tue-tête que la Terre va bientôt succomber à une catastrophe climatique, mais il est vrai que je n’ai pas souvenir d’avoir vécu un été aussi chaud et suffocant…

A vingt-deux ans Maeva est une jeune femme ambitieuse. Son travail lui plaît, dans le sens où le matin, à son réveil, elle ne peste pas intérieurement à l’idée de devoir aller travailler, ce qui en soi est déjà un signe de bien-être. Elle a commencé à la West Co. comme simple stagiaire et la voilà maintenant à la tête du département des ventes. Si à ses débuts elle s’était trouvée confrontée à un milieu extrêmement machiste où les commentaires sexistes et rabaissants n’avaient pas manqué, elle avait réussi à se faire une place respectable parmi ses collègues mâles et emplis d’a priori.

Elle était soulagée d’être arrivée à la fin de sa journée de travail et, avant de rentrer chez elle et s’attaquer à la montagne de lessive à repasser qu’elle négligeait depuis maintenant presque un mois, elle avait eu envie de s’octroyer une petite heure de repos en flânant devant les vitrines des boutiques qui longeaient la grande rue piétonne.

Au Canada on appelle ça magasiner… Pensa-t-elle en esquissant un sourire. Il faut tout de même admettre que l’évolution de la langue française en terre étrangère me semble bien plus cohérente et logique que celle des français sur leur propre territoire.

Maeva était une férue de la langue française et malgré son accent anglais à couper au couteau, elle le lisait et l’écrivait d’une manière académiquement parfaite. Elle déplorait simplement le fait de ne pas pouvoir le parler de manière régulière et pour pallier le manque de conversation, elle se rendait régulièrement dans le quartier français où elle se faisait une joie de commander telle ou telle chose en prononçant de manière distincte chaque mot.

C’était en marchant le long de la Begin’s Street qu’elle s’adonna à ces réflexions, laissant flâner le regard d’une vitrine à l’autre tout en frôlant les murs à la recherche d’un peu d’ombre et de fraîcheur. Depuis qu’elle s’était laissée convaincre que les rayons du soleil pouvaient provoquer des maladies graves de la peau, elle évitait systématiquement de s’y exposer. Elle le fuyait comme on fuit la peste et pourtant la lumière et la chaleur de l’astre lui procuraient un plaisir qu’elle ne retrouvait pas dans les longues journées d’hiver.

Elle non plus n’échappa pas à la règle. Après vingt minutes de magasinage elle eut envie de respirer un peu de cet air conditionné

(plein de microbes mais si frais)

que les bouches d’aération des centres commerciaux balançaient sur leurs pauvres clients. Maeva poussa la double porte vitrée d’une parfumerie et fut investie par une masse d’air frais et lourd. Cela lui donna l’impression d’être immergée dans un bain d’eau froide et cette sensation la rassura. Elle se promena quelques minutes dans les rayons du magasin puis sortit sans rien acheter malgré l’empressement de la vendeuse qui voulait à tout prix l’asperger de « Création » de Dior.

Dehors la chaleur ne s’était pas atténuée. En respirant, elle eut l’impression d’avoir accompli un effort physique, se rendant compte qu’elle était essoufflée. A chaque bouffée d’air qu’elle avalait, elle le sentait s’engouffrer dans ses poumons avec force mais peinait à en ressortir.

Ce fut sur le chemin qui la conduisait chez elle qu’elle remarqua la librairie.

C’était un magasin qui à première vue, n’avait pas d’âge. Sur les murs écaillés on pouvait deviner sa couleur d’origine. Il lui rappelait les anciennes librairies qu’elle avait vues en France lors de son voyage d’études. La vitrine n’avait pas été nettoyée depuis des lustres et même la lumière avait quelques difficultés à passer au travers, s’incrustant dans les salissures des vitres.  Au-dessus de la porte était suspendu un panneau qui clamait que le magasin était « Open ». Un peu plus haut, elle aperçut l’enseigne peinte à la main où subsistait encore l’ombre de quelques lettres qu’elle n’eut pas de mal à déchiffrer.

LIVRES ANCIENS ET NOUVEAUX

En dessous, une inscription plus petite et plus difficile à lire, une date: 1910.

Si les bouquins neufs sont dans le même état que la librairie, je me réjouis de voir ce que sont les anciens. Avec un peu de chance je pourrais y dénicher la première impression de la Bible de Gutenberg.

Et comme si cette seule réflexion avait pu changer le cours de sa vie, un sourire illumina timidement son visage qui explorait le contenu de la vitrine.

 

Maeva aimait les vieux livres. Elle pouvait passer des heures entières chez un bouquiniste ou dans les marchés aux puces. Toucher de ses mains des objets et en l’occurrence des livres, lui procurait une sensation d’unicité. Elle se plaisait à imaginer les vies passées de leurs anciens propriétaires et le fait de ne pas connaître l’épilogue de leur destinée accentuait l’aura de mystère qui les entourait.

Elle se plaisait à imaginer tel ou tel autre homme anonyme, vivant dans son époque, possédant un livre, un bibelot ou simplement un meuble et l’utiliser quotidiennement tandis que le temps passait lentement, jour après jour. Ces hommes et femmes d’autres époques avaient maintenant disparus, mais elle savait que dans leur anonymat, ils avaient contribué à l’évolution de notre société. Elle éprouvait un respect profond pour ces vies passées et s’en approprier d’un tout petit bout lui donnait l’impression de perpétuer leur mémoire. Elle passait des heures entières à lire et relire de simples dédicaces apposées sur la deuxième page d’un vieux bouquin, essayant de s’imaginer les relations entre l’homme qui avait apposé d’une main sûre la dédicace et la femme à qui elle était dédiée.

Maeva était toujours devant la vitrine et ne s’était pas rendue compte qu’elle y était restée plus d’une demi-heure.

Très bien, je n’ai pas le temps de m’arrêter maintenant, mais je reviendrai faire un tour demain. Il se pourrait bien que je trouve deux ou trois volumes intéressants qui pourront rejoindre ma modeste collection.

Elle donna encore un petit coup d’œil furtif à l’intérieur. Il lui était difficile de discerner quoi que ce soit, si ce n’est les immenses rayonnages où étaient entreposés pêle-mêle des centaines de livres qu’elle devinait plus qu’elle ne voyait.

Elle voulut mieux regarder et pour ce faire elle leva la main s’appuyant contre la vitre sale. Rien, elle ne voyait rien de plus si ce n’est les quelques bouquins qu’elle parvenait à apercevoir.

Ce fut là que le livre fit son apparition.

Maeva aurait pu jurer devant la cour suprême que le bouquin ne s’y trouvait pas au moment où elle s’était arrêtée devant la librairie, mais une telle explication ne pouvait certainement pas tenir la route devant un grand jury. Distraite comme elle l’était, elle n’avait certainement pas fait attention à lui pendant qu’elle rêvassait. Il avait peut-être été simplement occulté par le manque de lumière dans cette partie de la vitrine.

Il était de dimensions modestes, la couverture reliée en cuir brun et cousu main – elle aurait pu reconnaître parmi des centaines d’exemplaires ceux qui avaient été reliés avec un fil, une aiguille et de la graisse de porc – le titre « Lumière noire » était gravé en lettres rouges et or et, malgré la vitre sale et la lumière insuffisante, il resplendissait au milieu des autres œuvres exposées.

Son regard ne pouvait plus se détacher du titre. Il se moquait d’elle d’un air qui disait si-tu-ne-m’achètes-pas-maintenant-demain-je-n’y-suis-plus.

Maeva hésita quelques secondes puis sans réfléchir poussa la porte et entra.

 

Driiiiiiiiiiiiiing !

La jeune femme rentra laissant pénétrer la lumière à l’intérieur. Elle se trouvait au milieu d’un fouillis d’étagères poussiéreuses emplies de milliers de livres. Les parois en étaient littéralement recouvertes, des piles entières jonchaient le sol formant des amas à l’équilibre plus qu’instable. Jamais elle n’aurait pu imaginer que le local avait été aussi grand. Sous un effet d’optique, et certainement à cause des fresques en trompe-l’œil, elle eut l’impression que la librairie était parcourue par de longs couloirs qui se déployaient au-delà des murs. La décoration n’avait certainement pas été conçue avec cette chose qu’on appelle bon goût, mais le lieu dégageait un certain charme inhabituel.

 
[…] La suite de la nouvelle dans le recueil:
 

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