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INFOS
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Extrait N°1
FOCUS

IXCEA
C'est le nom de la maison d'édition qui a publié ce recueil. Découvrez d'autres auteurs talentueux en allant directement ICI
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3D
La couverture du recueil a été crée avec le logiciel Vue d'Esprit. L'image fait partie d'une série appelée "Hommage à Dalì". Paysages de synthèse inspirée du monde du maître du surréalisme Salvador Dalì.


ALLÔ !
 
 Le téléphone sonna longtemps avant que je ne réussisse à m'extirper de la torpeur qui m’avait happé entre les deux coussins du divan dans lequel je m’étais vautré quelques minutes auparavant. J’étais affalé entre deux accoudoirs, contemplant le vide et savourant les minutes de silence qui m’entouraient, profitant de ce répit pour me reposer et me vider la tête de toutes pensées parasites. Ma bonne humeur matinale avait viré au vinaigre dans le courant de l’après-midi. A quatorze heures j’avais eu une entrevue avec un client qui avait réussi à démolir le dossier marketing sur lequel j’avais travaillé près d’un mois et demi et que j’avais présenté avec une certaine fierté, probablement mal dissimulée. Il m’avait coûté passablement de nuits blanches et de sandwiches infects pour que je me fasse descendre facilement mais, la règle selon laquelle le client a toujours raison est toujours d’actualité donc, in ne me restait plus qu’à tout jeter à la poubelle et recommencer la campagne à zéro. J’espérais ne pas devoir y consacrer à nouveau un mois entier, mais je savais d’avance que ce serait forcément le cas. En fin de journée je n’avais eu plus qu’une seule envie, celle de balancer mon client par-dessus la balustrade qui séparait le bureau de la route, sept étages plus bas. C’est dans cet état d’esprit que je quittai le bureau. Du coup, quand le téléphone se mit à sonner, j’espérais ne pas avoir à faire à un vendeur d’aspirateurs ou à une quelconque sangsue, prête à vendre père et mère pour me refiler un truc que je n’utiliserais qu’une seule fois et que je devrais rembourser en quinze-mensualités-à-coût-zéro. Zéro mon œil oui! Avec l’humeur dans laquelle je me retrouvais, j’aurais pu assassiner n’importe qui pour moins que ça. Je savais qu’il aurait fallu ne pas répondre, mais ce fut plus fort que moi. De mauvaise grâce, je me levai et m’approchai du combiné qui était provisoirement posé parterre, près d’un bougeoir d’où s’élevait lentement la flamme d’une bougie. Je me baissai regardant l’appareil d’un œil noir puis ma main ne put rien faire d’autre que saisir ce foutu combiné et le porter à mon oreille.
« Allô ! … »
Je reconnais que le ton avec lequel j’avais répondu n’avait rien d’amical, ma propre mère, si elle s’était trouvée à l’autre bout du fil, m’aurait raccroché au nez avec de bonnes chances pour qu’elle ne me rappelle jamais. Surpris par ma colère, j’ai laissé s’écouler quelques secondes. Rien. Croyant que l’appel avait été coupé ou que grâce à un miracle auquel je ne m’attendais pas, l’importun venait de raccrocher, j’allais reposer le combiné sur sa base quand je l’ai entendu respirer. Ce n’était pas l'exhalation typique que font les pervers au téléphone. C’était un souffle régulier provenant de quelqu’un qui attendait une réponse à une question jamais posée.
« Qui est à l’appareil ? » Toujours rien.
Exaspéré et décidé à mettre fin à la plaisanterie, j’ai reposé le récepteur sur sa base et suis retourné me calfeutrer dans le fauteuil, saisissant au passage une cigarette du paquet ouvert de Barclays posé sur la table basse. Je l’ai retournée quelques instants entre l’index et le médium comme si elle avait été un bâton de majorette puis je l’ai allumée. Un filet de fumée s'en échappa, serpentant quelques secondes avant de disparaître en se mélangeant à l’air lourd et chaud de la chambre qui n’avait, pour toute décoration, qu’une table basse, un divan et un bar plus que bien fourni. J’avais emménagé depuis un peu plus d’un mois et je n’avais toujours pas pris la peine de mettre aux murs les tableaux et poser le restant des meubles qui s’entassaient dans la chambre d’amis, finissant par arranger uniquement le salon afin qu’il m’octroie un minimum de confort. Je fixais encore le chemin que parcourait la fumée, absorbé par mes propres pensées, quand le téléphone se remit à sonner.
 
 J’ai essayé de l’ignorer et l'ai laissé sonner dans le vide, espérant que la casse-pieds se rende enfin compte que je n’avais pas l'intention de répondre. La sonnerie était infatigable et résonnait dans tout l’appartement, s’amplifiant de plus en plus. Enervé, je me suis levé posant au passage la cigarette à moitié consumée dans le cendrier, puis j'ai décroché sans m’annoncer. Il n’y avait aucun bruit, sinon celui d'une respiration lente et rauque. « Allô ! »
« Salut Michael ! » Je fus surpris. La voix qui me parlait n’appartenait à aucun de mes amis ou connaissances et, curieux de connaître l’identité de l’importun, je lui répondis.
« Oui… Qui est à l’appareil ? »
« C’est moi… » A l’autre bout du fil, j’entendis rire. C’était un gloussement sadique, un gargouillement ignoble qui me fit venir la chair de poule. Pris de panique je raccrochai, décidé à ne plus répondre, quoi qu'il arrive. J’étais debout, au milieu du salon, sans savoir quoi faire, le regard toujours rivé sur le combiné. Une sourde palpitation d’angoisse était en train d’éclore et prenait une place de choix au creux de mon estomac. L’appel ressemblait à l’un de ces coups de fil anonyme qui amusent tant les gosses, mais le rire, il avait un je-ne-sais-quoi d’épouvantable. J’étais pétrifié. Quelques minutes s'écoulèrent, la cigarette s'était consumée lentement jusqu'au filtre. Je l'ai saisie, ai tiré dessus une dernière fois, puis l'ai écrasée dans le cendrier. Je sentis la fumée descendre jusqu’aux poumons, m’enflammant la gorge au passage. Ce fut comme avaler un morceau de charbon ardent. J’ai toussé tout en gardant dans la bouche un goût désagréable de filtre brûlé. De l’autre bout de la pièce, le téléphone sonnait avec insistance. Je pris le temps de me calmer avant de répondre, ne sachant quoi faire. Dans l’éventualité où j’allais avoir à nouveau le même demeuré à l’autre bout du fil, je me préparai mentalement à l’envoyer voir ailleurs, histoire de voir si j’y étais. J’aurais probablement été en mesure de lui faire comprendre que je ne voulais pas prendre part à ce jeu stupide qui n’avait rien d'amusant. Remonté par ma résolution de lui clouer le bec une fois pour toutes, j’ai saisi le combiné et l’ai porté à l’oreille.
« Oui… »
Ma voix tremblait imperceptiblement.
« Salut Michael. Content de t’entendre. »
« Qui est à l'appareil ? »
« Quelle importance… » Il se tut. Je ne captais aucun bruit de fond sinon sa respiration pesante et irrégulière.
« Ecoutez ! Si vous n’arrêtez pas immédiatement, je vous jure que j’appelle la police. Vous savez qu’importuner les gens par téléphone est un délit ? »
« Bien sûr que je le sais… Mais les flics ne me font pas peur Michael. »
« Qu’est-ce que vous voulez ? »
« Toi… » Répliqua-t-il sèchement.
 
[…] La suite de la nouvelle dans le recueil:
 

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